Compagnie L'Air de Rien | L’Indépendant du Pas-de-Calais – Deux dernières représentations
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L’Indépendant du Pas-de-Calais – Deux dernières représentations

L’Indépendant du Pas-de-Calais – Deux dernières représentations

Vendredi 28 et samedi 29 aout, la Cie l’Air de Rien donnera les deux dernières représentations d’Un sommeil de plomb, une coproduction de la Coupole, consacrée à la figure historique de Wernher von Braun. Von Braun, le concepteur de la fusée V2 en Allemagne nazie, mais aussi le père de la fusée Saturne V qui enverra les Américains sur la lune.

Ce héros de la conquête spatiale a toujours nié sa responsabilité dans la mort de 20.000 déportés, exploités dans les tunnels de Dora pour fabriquer les V2, devant être tirées depuis la Coupole pour raser Londres. C’est cette part obscure de personnage, qu’une jeune journaliste va tenter de mettre en lumière au cours d’une interview. D’abord impressionnée par le scientifique visionnaire, saura-t-elle poser les questions pertinentes et le repousser dans ses retranchements ?

 

Entre fascination et dégout. Comme la journaliste incarnée par Alice Raingeard, le spectateur est d’abord fasciné par la force de conviction de Wernher von Braun, cette foi invincible dans la science, cette ténacité à atteindre son but : la conquête spatiale. Le personnage est porté par le jeu de Benoit Allemane, qui jubile sur scène. Mais le malaise s’installe au cours de la joute verbale entre le scientifique et la journaliste. Pour parvenir à ses objectifs, Wernher von Braun, tel Faust, n’a-t-il pas pactisé avec le diable, les nazies ayant les moyens de financer ses recherches… « Je n’ai toujours eu en ligne de mire que mon métier, construire une fusée performante et précise, pas une arme de représailles. Je suis un ingénieur neutre, un technicien apolitique », se defent-il, s’éxonérant «  des déviances d’un système » et prétendant n’avoir « jamais vu de morts à Dora ».

 

Un coup de poing. Si la pièce n’échappe pas à une certaine grandiloquence, sans doute à cause de la gravité de son propos, elle souligne toute l’ambiguïté du personnage et étrille au passage une presse assez veule, qui a bien du mal à décider s’il faut ou non faire tomber Wernher von Braun de son piédestal. La diffusion des images ‘archives, sur les écrans de contrôle du laboratoire, constitue une excellente trouvaille.

Mais on retiendra surtout l’évocation puissante des déportés de Buchenwald : leur ombre plane sur l’interview grâce à la performance du danseur, Manu Macau. Son corps nu exprime toute la violence faite aux déportés : la faim, la maladie, la vermine qui les rongent, l’indicible souffrance et le travail jusqu’à la mort. C’est un coup de poing à l’estomac qui vous laisse K.O. Cette pièce écrite pour secouer les consciences, prend une résonnance toute particulière sous le dôme de béton, où est justement suspendu ce V2 de sinistre mémoire.

AM

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